Hervé nous offre sa version de la Vercingétorix 2016, un beau moment de découverte et de partage qui malheureusement cette année se termine plutôt mal.
Mais à le lire, on devine que c’est n’est pas la dernière… à découvrir ci-dessous ! – alexis

En surfant sur FB, je tombe sur un reportage de Laurent cochet à propos de la Paris- Dunkerque, rando off road de 3 étapes / jours de 250 bornes chacune. Je m’intéresse au sujet et je le vois participer avec une Scrambler Urban Enduro, ça n’a pas l’air de tout repos, plutôt boueux, mais jouable …

Zou, j’ai envie de cette aventure !

Un we de 3 jours, frais d’engagement raisonnables, ambiance sympa, en route pour la Vercingétorix ! Même principe de rando off road sur 3 étapes de 250 bornes/ jours, mais en Auvergne du coté de Brioude, haut lieu de l’enduro ! Au moins , il y aura du relief !

Je met l’ami Piero dans la boucle, il est partant (chaud bouillant !) aussi avec la même Scrambler . Je me rencarde un peu, monte le sabot alu et pose des pneus à tétines sur la Scrambler, l’arrière ne pose pas de problème, mais la dimension de la roue avant étant spéciale, un pneu TT arrière sera le seul choix possible. 2 types de parcours possibles : Extrême pour les guerriers, Aventure pour les mecs comme nous , on choisit donc Aventure ! Une paire de bottes TT, un pantalon de rando, une guitoune Decat, plus du matos dans la bagnole d’assistance emmenée par l’indéfectible Nicolas, et nous voila au présent au départ à Lavoute Chilhac .

Là, c’est un grand moment, 110 meules de pros, teutonnes, autrichiennes, japonaises, équipées comme des porte avions, il ne manque rien au catalogue du baroudeur ! Et nous, avec nos deux guêpes bolognaises, mon petit blouson belstaff, mon jet et mes climax vintage , mon foulard à damiers, attirons les regards condescendants des baroudeurs expérimentés, et les commentaires du genre « les bobos vont pas faire 10 bornes avant de se retrouver soit en rade, soit encastrés dans un arbre »… Une copine de Ricco en Teutonne vient me saluer en se marrant.

Etape 1 : lavoute Chilhac – le Puy en Velay

On ne sait pas comment lire le Tripy et on jardine pendant une demi heure dans Lavoute, c’est tout petit lavoute, et on fait déjà le buzz. Il fait déjà 35°, on est cuit et énervés ! Par Miracle on trouve un bout de trace, et on prend le premier chemin, et là, un grand moment de solitude ; je dois rouler à 15 km/h dans la pierraille, et l’avant n’a cesse de se dérober, oups…

Je vais jamais y arriver !

Les mecs nous déboitent façon Peterhansel, debout sur les reposes pieds , le regard sur l’horizon, y’a pas à dire c’est beau …
Moi je rame avec cet avant baladeur. On perd (encore) la trace GPS et on se retrouve sur une route de campagne, et chblang, Piero par terre au demi tour. (Joker 1)

Il fait 37°, je mets Piero à l’ombre et je le calme, on boit un coup, une clope on se détend et on réfléchit : on a fait 10 bornes en 2 heures, spa gagné l’histoire ! On se recale et on croit trouver la trace : chemin à droite, roulant, descendant, étroit, très pentu en descente… et des racines, puis des marches de 40 cm en rocher, arghhh, impossible de freiner…

Ca passe (merci aux randos VTT !). En bas, et je dis à Piero que c’est chaud pour une trace Aventure, il me répond que l’on est pas sur la trace…

On recale avec une carte détaillée, le Tripy commence à être moins mystérieux, et au final on retrouve notre assistance au point de rendez vous « repas » à 100 bornes du départ, ouf ! De nombreux baroudeurs sont présents et sont surpris de nous apercevoir , on ne leur dit pas que nous sommes experts au rayon jardinage ! La pause éclaircit les esprits, et on repart motivés. La matinée m’a permis d’intégrer la sensation désagréable du pneu arrière sur la roue avant, et avec du rythme, ça ne me gène plus. On ne se paume qu’une fois sur trois et on commence à avoir un bon rythme, chacun sur une voie du chemin à 40-50km/h pour sortit du panache de poussière de l’autre. Et là on commence vraiment à se faire plaisir.

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La poussière sera l’ennemie du jour, mon foulard à damiers commence à faire des envieux parmi les enduristes confirmés qui crèvent de chaleur sous leurs intégraux full options. Sur le roulant, je ne lâcherais rien quand je sens des gars derrière. Ca se termine à 90 -100 sur les voies romaines avec les teutonnes dans le sillage. La machine est tout le temps en glisse, même dans les bout droits sur cette rocaille poussiéreuse, tantôt rouge, beige ou grise.

Le gars en Béhème finit par me passer, et à failli s’envoler 50 mètres plus loin dans un high side rattrapé par monsieur coup de bol.Les Scrambler sont basses et plus facilement contrôlables que ces monstres.

Je rends la main dans le cassant pour bien enrouler les bosses et autres rochers avec les cuisses, et garder à chaque fois un peu d’élan pour éviter les pertes de grip de l’arrière, ça commence à bien rentrer. Les autrichiennes en profitent pour nous déboiter, on ne joue pas.

Partie roulante à nouveau et je repère derrière nous l’équipe géniale de Suzuki Reuilly, emmenée par leur boss en DR 750, le très sympa Erick. Ils ne passeront pas ! On soude avec Piero, un peu surpris de me voir chaud-bouillant comme ça. Sauvetage (limite) de quelques tout droits dans les champs, mais on s’éclate avec nos Bolognaises. Nous ne sommes pas encore enroulés dans les barbelés ! On reste devant, jusqu’à qu’on perde encore la trace. Demi tour, l’équipe est devant et on la retrouve dans un virage sur une route de campagne … dans une bagnole ! Un des Djebel y à laisser un tube de fourche. Erick fouille sur le bon coin, et ils seront le soir au bivouac avec un tube changé pour 80 € … Improbable !

On continue sur ce rythme en doublant au moins 12 fois la copine de Ricco, amusée de voir les deux furieux en Scrambler rouler comme des fondus , et faire sans cesse demi tour quand on plante la trace.

Elle nous appelle les Dupont(d)…

Il est 18.30, je vois Piero commencer à fatiguer sur la moto, et je propose de couper les 15 dernier km pour rentrer par la route au bivouac par sécurité, la journée ayant été très dense. On retrouve notre « assistance » au bivouac, nos tentes sont montées, et je n’ai qu’à prendre ma douche : chapeau Nicolas ! Le bivouac est, comment dire, plus sympa. Nos machines sont couvertes de boue et de poussière, mais elles intriguent et attirent les commentaires du genre :
« Dites donc les gars, ça marche vachement bien, et vous roulez vachement bien, parce qu’on arrivait pas à vous recoller, et puis quel joli bruit !! »
« Normal , c’est une Ducat ! »… hé hé hé… (nomého !)

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Du coup , ayant fait nos preuves au milieu ce cette meute de baroudeurs, c’est très sympa, et les gars sont des mordus solidaires, c’est aussi ce que je venais y chercher. Nous sommes questionnés pendant tout le repas sur nos guêpes et allons nous coucher sous l’orage… Ca faisait longtemps qu’il avait pas plu.

Etape 2 : le Puy – Saint Alban sur Limagnole

Graissage des chaines, devenues beige de poussière collée. Sourire sous le foulard, braoôôô…

Piero est chaud-patate, on fait les pleins et on remonte les concurrents par grappe. Je les klaxonne pour qu’ils se poussent, Piero est mort de rire ! La pluie a un peu collé la poussière, mais les sous bois sont boueux, donc méfiance. Montée pierreuse, descente en sous bois, gaz ! On joue avec les flaques de boue pour éclabousser l’autre. On ne se trompe de trace qu’une fois sur six, soit 50 % de mieux que le jour 1.

Piero est devant, descente en sous bois rocheuse et grasse, je suis sur le frein moteur en seconde, un peu d’élan pour ne pas bloquer l’arrière, et je vois en bas la Scrambler de Piero monter à 1 m du sol et mon Piero faire le saut de l’ange au dessus. Une heure qu’on est parti, ça s’est fait ! Les hautes herbes mouillée du champs voisin on amorti le vol de la machine et du pilote, pas de barbelés (ouf !) et, pas une égratignure ni une éraflure , (joker 2 !). Piero a le sourire et me dit qu’il s’en est mis une bonne, je confirme !

Le viaduc

Les teutonnes s’arrêtent ,les gars sont mort de rire devant la scène, et 4 costauds remettent la meule sur la piste en nous disant qu’elle est légère ! Merci les gars. En fait, je les admire ces gars, parce qu’emmener ces monstres de 350 kg charge comprise, de cette façon en tout terrain, parfois un peu engagé, ça mérite respect de l’effort, sans parler du coût de ces machines, bravo.

La trace nous conduit ensuite sur les deux viaducs décrits au briefing, de 150 mètres de haut, sans parapet hormis une bordure en pierre de 20 cm de haut, et de quelques centaines de mètres de longueur. Ouvrage du début du siècle passé, sans aucune utilisation, mais spectaculaire. Faut pas faire l’andouille sinon t’es mort. On passe un par un et concentrés. Aucune difficulté technique, mais concentré.

Un tunnel romain boueux, et un long sous bois transformé en bourbier sont avalés par la Scrambler en seconde avec un peu d’élan et sur l’arrière , très sympa ! Comme j’en mets un peu plus, je fais talonner la fourche plusieurs fois, et il faut vraiment accompagner le mouvement de la machine avec les cuisses pour adoucir les chocs. Bon , en même temps elle pas forcement faite pour les sauts…

On se retire la bourre sur les parties roulantes avec les petits camarades de jeux, je re-klaxonne , un petit gué pour rigoler, et on retrouve notre assistance au rendez vous repas. Entrecôte saignante siouplé ! Piero commence à être limite, se plaint de fatigue musculaire pendant le repas et en repartant on a du mal à se recaler sur la trace. On jardine une bonne heure, et un chemin en sous bois correspond au road book. OK.

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Un sapin en travers nous barre le chemin, je vois des traces de crampons qui ont contourné en hors piste dans la sapinière, je suis et passe ma machine, et Piero passe la sienne après une courte pause clope.

On repart et Piero perd l’avant sur une petite ornière boueuse de rien du tout à l’arrêt.

Les joker sont épuisés, et une grosse bosse sur la clavicule marque la fin de nos exploits, Piero est pas bien du tout.

PLS improvisée avec son casque en guise d’appui tête et mode gestion du problème. Coup de bol, j’ai un tout petit peu de réseau sur le mobile, coordonnées GPS du Tripy aux pompiers qui nous localisent, puis héliportage du Piero vu l’inaccessibilité de l’endroit. Ça calme. Les pompiers me font une navigation par la route jusqu’au bivouac, et je laisse la machine de Piero dans les sous bois. Les pompiers, peloton de haute montagne, hélico de la sécurité civile et gendarmes ont été au top. Efficace et rapides et rassurants pour Piero et super sympas.

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70 km pour rentrer vers le bivouac, je suis crevé et j’ai froid. Nicolas a tout préparé, on localise exactement le point GPS sur la carte pour récupérer la machine de Piero le lendemain. Piero rentre vers 21 h, avec des anneaux, clavicule cassée en trois partie, on dîne ensemble et l’équipe est complète.

Etape 3 : Saint Alban sur Limagnole – Lavoute Chilhac

Départ de la dernière étape en spectateur, récupération au point GPS de la moto de Piero. On ne s’est pas plantés sur la carte et la Scrambler est au point dit. Nicolas prends la machine de Piero, et comme on a le temps on en profite pour dégager la couche de boue au karcher du coin. Nous ramenons les deux machines au rassemblement de fin de rando elle sera gentiment stockée en attendant son enlèvement par le patron de la chambre d’hôtes, Apéro de fin de rando au complet en présentant nos deux Scrambler aussi rutilantes qu’au jour du départ.
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…du coup j’ai bien envie d’une Autrichienne pour faire ce genre de « promenade »
– RV

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